LES FUSILIERS MARINS ET COMMANDOS

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 Les "Bérets verts" à Riva Bella

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Charles-Edouard
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Nombre de messages : 134
Localisation : Paris
Date d'inscription : 05/06/2007

MessageSujet: Les "Bérets verts" à Riva Bella   Jeu 7 Juin - 9:54

(D'aprés un article de P.C Boccadoro publié dans Cols Bleus n° 2262 du 28 mai et 4 juin 1994)

Le 5 juin 1944, mon bataillon au complet, soit cent soixante-dix-sept hommes, quittait le camp secret de Tichfield, où il était strictement consigné depuis le 25 mai. Dans ce camp, les hommes des commandos, tant britanniques que français, avaient étudié les cartes et les maquettes de la côte normande... Depuis le dimanche 28 mai, tous savaient très exactement l'endroit où ils allaient débarquer... Tous connaissaient par coeur, les moindres détails des positions ennemies, des blockhaus, défenses anti-chars et champs de mines sur lesquels ils allaient, les premiers, avoir l'honneur de se jeter pour «démolir» l'infranchissable Mur de l'Atlantique.

La charnière sur Caen

Le bataillon français, commandé par Philippe Kieffer, comptait cent soixante-dix-sept hommes, formant les «Troops» n°1 et n°8 du 4ème commando anglais, commandé lui-même par le colonel Dawson. Les commandos n° 4, 3, 2 et 45 (Royal Marines Commandos) formaient eux-mêmes la 1ère Brigade des services spéciaux, partie de choc de la 6e Airborne Division, à laquelle était dévolue la lourde tâche de prendre pied à l'extrême gauche de la ligne du débarquement allié, ce qui était et que l'on a depuis gardé coutume d'appeler «la charnière sur Caen». Un esprit chevaleresque, un enthousiasme unique, incroyable, animait et soulevait les hommes de la 1ère S.S. Brigade. Ces Anglais, ces Gallois, ces Ecossais et ces Français se fondaient, se mêlaient, intimement soudés par un même but et commandés par un seul chef, le prestigieux lord Lovat, le héros du raid de Dieppe (où il dirigeait déjà, au titre de colonel, la poignée de Français du 4e commando), le géant aux yeux bleus, le pair d'Ecosse qui avait déclaré à sa brigade avant le départ: «Plus de la moitié d'entre vous restera sur la terre de France. Souvenez-vous que vous allez au combat avec «Commando» sur les épaules ! Un commando sait mourir en silence... Nous lutterons à un contre cinq, pas de vivres ni de munitions avant trois jours... Vous débarquerez avec tout votre ravitaillement personnel, vous nettoierez les plages, ferez le passage de l'infanterie puis nous irons tenir les positions sur Caen pendant huit jours, en attendant la relève de la 51 ème Division». Voilà pourquoi, avec un sac lourd de quarante kilos de rations, de munitions et d'explosifs, les commandos français s 'étaient embarqués, sans bruit, sans chanson, mais calmes et décidés, pour la France!

Vers les côtes de France

Entre le port de Southampton et l'île de Weigth, une immense armada s'était groupée depuis des semaines... Le Landing Craft Infantry 527 (barge de débarquement d'infanterie), sur lequel était embarquée la première troupe du commando français, prit sa place dans un convoi qui s'étira vers le large, protégé déjà par une imposante escorte de vedettes rapides et, lointains, par de «gros» profils de la Royal Navy imposants et superbes, chiens de mer parés au combat. A 21 heures, le n° 527, qui louvoyait sans ordre apparemment, prit nettement cap au large. Partout, à babord, tribord, en proue, des tâches sombres nous tenaient compagnie, naviguant de conserve. Dans la nuit, un ronflement sourd, hallucinant, grandissait, se précisait et finissait par étouffer le bruit de nos propres diesels, des milliers d'avions nous survolaient, en route vers l'Est, porteurs d'un message de mort et de libération. Dans les postes étroits du L.C.I. les commandos vérifient leurs armes, lisent une dernière fois le message historique du général Eisenhower que l'on nous a remis il y a quelques minutes et qui se termine par ces mots: «J'ai pleine confiance en votre courage, votre sens du devoir et votre entraînement à la bataille... Bonne chance, et appelons sur nous toutes les bénédictions de Dieu Tout-Puissant en cette grande et noble entreprise».

Une préparation fantastique

Les chefs de sections et sous-sections ont dormi sur le pont enroulés dans la couverture de l'équipement, à deux pas du poste de commandement où les officiers de marine veillent sur le pont. L'aube vint pour nous, ce matin-là, plus tôt que de coutume ! Depuis quatre heures du matin, un étrange orage, aux éclairs phosphorescents et incessants, a déchiré une nuit blanche... C'était fantastique ! Notre L.C.I. avait gagné la tête du convoi à partir de minuit et quand le grand barrage fut declenché, nous n 'étions déjà plus qu'à quelques milles de la côte. Ce fut d'abord, de quatre heures à cinq heures, le plus terrible bombardement aérien que j'ai encore, et depuis, observé... Des bombes de six tonnes, dix tonnes, des centaines et des milliers de bombes créaient en face, de Ouistreham à Cherbourg, une diversion pendant laquelle les parachutistes de notre division descendaient derrière les lignes après s'être emparés du double pont sur l'Orne, où nous devions les rejoindre ensuite après avoir forcé le «Mur». Puis tout éclate, d'un seul coup l'aurore luit sur la côte normande... Quelle aurore ! Déchaînés soudain, à 5 h 50, des milliers de canons, des lance-fusées Rocket montés sur barge, les canons des chars embarqués, les grosses pièces des croiseurs et cuirassés, mêmes les pièces de moyen calibre des armes anti-aériennes, vomissent sur la côte, là, tout près, des milliers de tonnes de projectiles embarqués spécialement pour cette minute... Il faut cracher... cracher tant et plus pour nettoyer les plages et laisser aux hommes qui vont y poser le pied une chance de survivre et de passer. Apothéose, horrible vacarme déchaîné, quel spectacle inouï ! Les commandos parés à débarquer sont déjà massés sur le pont, les chefs ont pris la tête devant les échelles de débarquement, les sections et sous-sections sont dans l'ordre, les hommes se regardent, se retrouvent à l'unisson du même espoir et du même idéal, les dents serrées, à la cadence des salves de lance-fusées aux sifflements stridents, regardant monter l'aube d'un jour nouveau, 6 juin 1944!

Le ballet diabolique d'un assaut de sang froid

Sept heures vingt et une minutes... Les bateaux de débarquement ont touché le sable... La quille racle le fond, un choc sourd immobilise la barge. Les passerelles sont jetées à l'eau... La plage est devant nous, vide, hérissée de blockhaus, de barbelés, de poteaux où sont fixés des mines... et nous nous apercevons soudain que des impacts, des gerbes de frisants, des éclats, tombent autour, devant et derrière nous... En avant ! Le gibier devient chasseur, c est sur nous que tirent ces mitrailleuses qu'il faut réduire... C'est d'abord sur cet espace vide fait de sable et d'eau qu'il faut courir pour sauver sa peau... Nous sommes cibles... Il faut percer ce front qui miraculeusement nous crache ses balles et ses obus Kieffer est passé et derrière lui la première section, première et deuxième sous-sections, la deuxième, la mienne !... Sur la passerelle, une fraction de seconde devant cet abîme, puis en avant, par-dessus, par instinct dans l'eau avec le sac, les armes, les explosifs !... La passerelle a déjà éclaté sous un obus... Sur la plage, Pinelli est blessé, Dumenoir tué net, Vourc'h a roulé en trente mètres, il ne reste plus un officier à la tête de la première troupe de commandos français... Nous fonçons en aveugles... droit devant, vers ce groupe de bâtiments en ruines, notre point de repère, où nous déposons le sac qui nous oppresse et où nous regrouperons les hommes en base feu avant l'assaut sur les blockhaus. Comment peut-on, en quelques minutes, passer d'un abîme à l'autre ? Réunis, les premiers rescapés, sacs décapelés, mitraillettes et lance-flammes, grenades et mortiers légers en base feu, les commandos sont redevenus chasseurs et le gibier qui se terre dans ses trous ne tiendra pas longtemps contre l'assaut. Les premiers nids de mitrailleuses sont anéantis, à la grenade ou au poignard, on ne se sait plus ! Les premières villas sont atteintes et les tireurs allemands sont délogés. Les énormes blockhaus dépassés par l'attaque sont repris par derrière à la mine et au lance-flammes... De huit heures à treize heures sans relâche, les commandos se ruent sur leurs objectifs... Les morts et les blessés tombent. Sur la plage, dans un champ de mines, une épave tragique qui n'a plus d'uniforme et que des lambeaux sanglants sur tout le corps, le colonel Dawson, indique à ses hommes les objectifs ! Le docteur Lion, encore un Français, est tué en se portant au secours du petit Rollin qui, lui aussi, meurt en quelques secondes... Kieffer, Bucher, Lanternier, sont blessés mais poursuivent le combat... Chaque homme qui tombe est immédiatement vengé. Chaque mort marque la place d'un trou près du bastion où dix cadavres germains ont trouvé leur repos! Les premiers chars nous ont suivis... dans les rues de Ouistreham, les premiers civils français sont sortis et émerveillés de trouver là des Francais, ont pillé leur cave de verres de Calvados, que l'on vide en courant et qui réchauffent la hargne du combat... Au milieu du fouillis des armes et des équipements, dans les passages jalonnés de pavillons multicolores, les Anglais, imperturbables, débarquent des gros chalands... Le barrage d'artillerie est déjà plus à l'avant, la prise des plages est chose faite... La première phase est accomplie et le Mur de l'AIantique s'est écroulé sous la poussée des commandos. Ne parlons pas d'héroïsme... seuls les morts ont droit à notre admiration... Et maintenant sur la plage de Riva-Bella, à Colleville-sur-Mer, un simple monument rappelle aux touristes et aux visiteurs, les noms des commandos français tombés le 6 juin 1944... Mais qui sait donc, en France, qu'il y avait des commandos français à la tête des armées alliées le 6 juin ?

Victoire également française

Ouistreham est à nous ! De l'embouchure de l'Orne à Cherbourg, les Alliés ont pris pied... Mais de l'Orne à Hermanville, ce sont des Français qui ont libéré la Patrie. 177 petits gars, porteurs d'un béret vert et d'un insigne à la croix de Lorraine, ont reconquis cette infime parcelle de sol natal ... Et ce n'est pas fini! A 14 heures, il faut partir... Monter en direction de Bénouville, sous le feu des batteries allemandes, sac au dos, seize kilomètres, en combattant, établir la jonction avec les éléments parachutés de la 6e Airborne, au pont de Bénouville (depuis appelé le «Pegasus Bridge»), puis continuer pour les relever et les dépasser sur Ambreville et Bréville. Nous devions tenir la poche devant Caen pendant huit jours... Nous avons tenu pendant huit semaines devant les S.S. fanatisés des 21e, 15e et Das Lehr divisionnen... A Amfreville, et au cours des corps à corps sanglants de Bréville, où Lovat tombera gravement blessé, le 10 juin, le 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commando sera presque anéanti... Les survivants tiendront jusqu'au bout car la 5 le division de renfort a été anéantie en trois jours de bagarre devant Caen... de même la 6e Airborne Division ne fut jamais relevée du front de Normandie... Elle y frit très simplement enterrée ! Le 31juillet 1944 je fus blessé par éclats de mortier à l'attaque du bois de Bavent... Il ne restait plus que vingt-huit hommes en ligne dans ma troupe, la troupe N° 1... Mais en Angleterre, une relève composée de «bleus» et des premiers blessés légers récupérés venait nous relever pour parer à la poursuite, aux combats de «L'Epine» et la descente sur Paris. Sans arrêt au combat, de 1941 à 1945, le 1er B.F.M. Commando porte fièrement à son fanion, la Fourragère de la Médaille militaire et quatre citations à palmes collectives...
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